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            Sa Majesté le Roi Mohammed VI a visité  Safi du Jeudi 19  au Dimanche 21 avril 2013.

            C’est une visite  royale simplement historique et pour cause…

            De prime abord, je me dois de revenir sur des faits historiques afin de réfuter une impression bien safiote selon laquelle, la ville, Cité océane, d’après l’historien et sociologue médiéval IBN KHALDOUNE n’a pas beaucoup reçu les Rois du Maroc et ce serait , donc un territoire marginalisé voire déprécié

Que nenni..

            La bienveillance royale s’est toujours manifestée à l’égard de Safi et de sa population. Déjà, à l’époque du grand Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah, Safi a bénéficié de la sollicitude royale puisque la cité est devenue une résidence privilégiée du Monarque pour superviser les travaux d’Essaouira et donner un sérieux coup de pouce aux aménagements portuaires de Safi, dès la fin du XVIII ème siècle.

            Le Sultan Moulay Slimane a visité la ville de Safi en 1815.

            Quelques années plus tard, le Sultan Moulay Abderrahmane ben Hicham s’est rendu sur les lieux du port et a fait sa prière au Mausolée du Cheikh Abou Mohamed SALEH lors de sa visite en 1829.

            Le Sultan réformateur Moulay Hassan 1er est venu à Safi en 1886 où il a visité Sidi Bouzid, le Port et le Mausolée de Cheikh Abou Mohamed Saleh.

            En 1918, le Sultan Moulay Youssef, a séjourné, en



compagnie de ses 3 frères, quelque temps à Safi.

            Le Père de la Nation, le Roi libérateur, feu Mohammed V, a visité Safi 3 fois en 1928, 1943 et 1950.

            Le Bâtisseur du Maroc moderne, feu Sa Majesté Hassan II, a posé la première pierre des Industries chimiques, le 22 décembre 1961, puis celle de Maroc Phosphore en 1963.

            Par la suite, il a réitéré ce geste symbolique lors de l’inauguration de la 1ère installation en 1963 et la 2ème en 1965. Après, les visites royales se sont succédé en  1972,  en 1976, en 1981 et  en 1986.

            Le glorieux règne de notre Roi Sidi Mohammed VI a corroboré cette affection indéfectible entre le glorieux Trône alaouite et ses fidèles sujets par 3 visites. La première, en 2002, fut porteuse de plusieurs projets d’ordre social, destinés à améliorer les conditions de vie des populations dans une situation précaire.

            La seconde, en novembre 2007, apporta, elle aussi, beaucoup à la ville de Safi et à ses environs. Maints grands projets ont été  lancés et je citerai, entre autres, la réhabilitation de la Médina, l’inauguration de «Dar al Bahar »,Maison de retraite des vieux marins démunis, ainsi que la mise en service des dépôts pour les barques destinées à  la pêche artisanale…

            La troisième visite eut lieu en octobre 2008 et a été l’occasion de beaucoup de projets comme l’inauguration du village des pêcheurs à Souiria Kdima…

            La 4ème visite, avril 2013, est à marquer d’une pierre blanche rien que pour ce triptyque :

1- Le Nouveau port et les transferts des installations de l’OCP.

            C’est un réel coup de pouce pour l’économie locale, régionale et nationale. Effectivement, le nouveau port au sud de Safi permettra de  fournir le combustible à la future station thermique laquelle fournira dans 4 ans 25% de la production électrique nationale et par la même occasion servira les intérêts de l’opérateur mondial en phosphates l’OCP.

            Ce dernier , opère récemment une bonne politique d’insertion citoyenne urbi et orbi. L’Entreprise s’implique de plus en plus dans la vie associative ( hormis  le football avec lequel les liens sont anciens), culturelle voire artistique. Personnellement, je salue l’action du Groupe  et espère qu’elle se poursuit par des rendez-vous pérennes en collaboration avec les forces vives de Safi.

            Côté investissement économique, l’OCP annonce 30 milliards de dhs de fonds qui permettront la concrétisation du hub phosphatier en face du nouveau port.

            Les anciennes installations  face à Sid Lghouzia subiront un e reconversion vers des activités de formation et nous souhaiterons le reboisement du site afin qu’il retrouve ses traits du début du siècle ou un Guide datant de 1923 le citait ( Sid Lghouzia) comme verdoyant et habitant de maintes espèces d’oiseaux comme le piaf et le martinet…

            Les quais phosphatiers du port industriel actuel de Safi  pourront  ,certainement, servir  à la plaisance et  les ferries.

2- L’autoroute

            Safi via le Cap Cantin ( Beddouza) est le point le plus avancé du Maroc dans l’Océan. Ce finistère a, certes,  attrait maritime certain mais il constitue néanmoins, un enclavement par rapport aux grands axes routiers du Royaume.

            Ainsi ce projet structurant d’une valeur de 4 milliards 800 millions de dh constituerat-il, dès le début de son exploitation, une bonne  décharge d’adrénaline pour la ville et sa région.

            Le tracé montre une connexion à hauteur d’El jadida pour desservir  le port et la plate-forme de Jorf Lasfar,  la station balnéaire de Oualidia et  Safi.

            Le gain en temps, en sécurité et en confort seront non négligeables et sonneront le glas au mythe de la ville enclavée . 

3- Une « Cité de la Culture et des arts »,  pour quoi faire ?

                        Présenter Safi ; little Morocco…

D’aucuns croient que Safi ne compte pas parmi les métropoles culturelles de notre pays. Certes, les medias l’évoquent rarement en termes positifs : les contraintes d’un présent imprécis mettent souvent sous le boisseau une fascinante histoire d’un melting-pot bien de chez nous.

Depuis fort longtemps, Safi était considéré comme une Médina ayant toutes les structures idoines comme la garnison, le Maristan (hôpital), la grande Mosquée pour le prêche du vendredi, des Qissarias… (Centres commerciaux spécialisés).

En outre, Safi et son hinterland constituent, à notre sens, pour les initiés, un «little Morocco» culturel diversifié, en référence à ces quartiers d’émigrés, en Amérique, où se concentrent parfois toutes les sensibilités culturelles d’une même nation, comme little Italy, China town ou little Odessa…

Ainsi le substrat de Safi est-il la résultante de plusieurs affluents qui vont être succinctement décrits ci-dessous.

L’élément européen

Au port de Safi, qui peut, à lui seul, raconter l’histoire de la ville, le visiteur sera étonné de constater la terminologie en vigueur chez les marins pêcheurs : le pidgin. C’est  une suite de mots espagnols sertis d’expressions cosmopolites. Le vieux parler safiot est toujours riche en termes de cette même origine. Ce visiteur ne manquera pas de s’émerveiller à la vue du majestueux Château de Mer, chef-d’œuvre de l’architecture militaire lusitanienne du XVème siècle.

L’élément sépharade

            La communauté juive assez réduite de nos jours fut autrefois fort nombreuse. L’importance de la présence juive, antérieure à l’événement de l’Islam, selon certains historiens, demeure palpable dans le mausolée Ouled ben Zmirou avec son moussem annuel, et avec les recettes succulentes d’une cuisine fort appréciée en sus d’une musique festive ( Sami El MAGHRIBI). Cette présence commence à être revisitée, en témoignent les travaux de l’historien Brahim KREDYA, ou l’œuvre de fiction du romancier safiot Hassan RIAD, intitulée « Parchemins Hébraïques». (cf. notre recueil de nouvelles «Les Gens dic» suivi de « Parchemins hébraïques », l’Harmattan - Paris 2006)

L’élément subsaharien

Les liens de Safi avec le «Bled  Soudan » (Territoire des Noirs) sont avérés depuis que la ville fut le  port  desservant Marrakech, capitale de plusieurs dynasties régnantes au Maroc. Ainsi la présence d’une culture gnaoua, avec ses « lilas » et ses rites de désenvoûtement, fait partie intégrante de la culture safiote. Cet aspect culturel longtemps dédaigné, par rapport à un passé lié à l’esclavage, commence à être réinventé par des travaux documentaires ou de fiction. (cf. notre roman «Maître Samba, le dernier des Gnaouas » Asteria-Editions - Safi 2011)

L’élément andalou

Plusieurs familles originaires d’Andalousie sont venues s’installer, le plus souvent via Fès, à Safi. De nos jours, en sus d’une gastronomie réputée, nous sommes redevables à ces familles  du legs  d’une musique raffinée. Rares sont les Marocains qui n’ont pas été envoûtés par les « Mawal » d’un des meilleurs vocalistes, en l’occurrence M. BAJEDDOUB. En outre, n’oublions pas que les familles andalouses ont largement contribué à l’essor de la poterie et de la céramique de Safi.

L’élément amazigh

Certes, l’arabe dialectal safiot est, en général, celui du littoral atlantique marocain arabophone. Cependant, c’est dans la matrice linguistique que la présence amazighe est la plus «audible». Ainsi, d’après une récente étude de l’universitaire M. LATAOUI, qui porte comme titre «Ichtionymie », il ressort que les noms de plusieurs poissons de Safi sont en berbère, par exemple « amun » qui désigne la daurade royale… Au-delà de cette ligne verte linguistique, le même poisson sera appelé «Zriqa ( le bleu)» en arabe.

L’élément arabo-musulman

Il s’agit d’un élément essentiel, depuis qu’Oqba IBNOU NAFIE, comme le rapporte une légende consacrée, a foulé les plages de cette «Mer des ténèbres»,  en regrettant qu’elle soit un obstacle l’empêchant de porter plus loin le message de l’Islam.

Le second personnage est sans doute le Cheikh Abou Mohamed SALEH, qui organisa un système d’hostellerie assez performant allant de Safi jusqu’aux lieux saints de l’Islam. L’exode, prémédité par les Fatimides d’Ifriqia (Tunisie), des tribus arabes (taghriba des Beni H’lal) a scellé définitivement l’arabisation de la région et de son chef-lieu, Safi. Les plaines des Abda, lesquelles constituaient une partie de la confédération des Doukkala  - les portes de Marrakech et  d’Essaouira allant vers Safi portent  le même nom « Bab Doukkala » -, offrent le parler de ses habitants comme matière à des études linguistiques diverses : à titre d’exemple, la bâtisse où habite quelqu’un de la plaine sera en pisé ou en béton armé, et portera le vocable «khaïma» (tente). Elle s’intègrera dan un Douar (cercle) autour d’un feu protecteur symbolique. Ne s’agit-il pas ici, de traces d’un nomadisme atavique ?

Enfin, le côté musical de cet élément demeure vivace avec cette musique qualifiée d’extra-muros, la aïta  (appel), que la saga du Caïd Si Aïssa Ben Omar a rendue célèbre avec le personnage de Cheikha Kharboucha, un laideron au verbe puissant, qui harangua les Ouled Zid contre le despotisme du fameux Caïd jusqu’à leur extermination quasi-totale : la mémoire historique conserve l’appellation «Aam errafasa», ou «Année de la bousculade» qui eut lieu sous les remparts de la ville.

Pour la aïta, il est nécessaire de rendre ici hommage à un homme qui a consacré sa vie à la recherche dans ce domaine et dans tout ce qui concerne cette culture populaire, feu Mohammed BOUHMID. (cf. «Il était une fois …Safi» Diwane Edition - Safi 2008).

            Avec une activité plastique époustouflante allant de la légendaire Fatna GBOURI,( citée comme représentante de l’art naïf nord africain dans  Que sais-je ?) jusqu’à Abdelouahab ZINE en passant par Rachid TALEB, Omar GOURANE, Med BAKKARI, Nadia KHAYALI, Hamid BEGGAR, Ahmed MJIDAOUI, Sidi HBIBI, le calligraphe Med IDALI…Safi est une pépinière qui gagne à être connue et reconnue.( voir « florilège des peintres à Safi » Thami OUAZZANI à paraître   en juin - 2013)

            Et le 7ème art n’est pas du reste… Med OSFOUR, père du Cinéma marocain, REGGAB, le digne héritier de  la Nouvelle vague et LAKHMARI avec ses films choc ; leur point commun , ils sont tous de Safi .

            C’est cette mémoire alliée à une vitalité extraordinaire que la Cité  de la Culture et des arts devrait développer, fructifier, transcender et offrir déclinées en spectacles vivants cherchant les valeurs cardinales universelles en puisant dans les trésors locaux.

            En somme , l’Etat a fait le maximum et je souhaite qu’avec ses infrastructures, le climat de confiance regagne le terrain avec une dynamique économique  dans laquelle s’engagera le  secteur privé … Demeure la problématique du niveau et de l’efficacité voire la conscience des corps élus  de la ville … mais là c’est une autre pair de manche.

            Restons positifs et sous le charme d’une visite tout simplement royale…

                                                                       Dr. Saïd LAQABI

                                                                                              Ecrivain