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La ruralisation de Safi… une fatalité ?

 

« La campagne dans la ville », cela pourrait bien être un slogan-bateau pour des comices agricoles ou une foire chantant les louanges de tel ou tel terroir à l’adresse de citadins blasés. Toutefois, lorsque la cohabitation de deux mondes essentiellement différents (quoique complémentaires) de par leurs logiques propres et par les outils de leurs fonctionnements réciproques, la situation devient une sorte de schizophrénie urbaine.

 

Malheureusement, le phénomène de ce que  nous baptiserons par commodité « ruralisation des espaces urbains »   fait tache d’huile, voire s’épand telles des cellules cancéreuses.

 

Et pour mieux cerner les contours de ce phénomène, il est clair qu’un diagnostic serein est à réaliser par une équipe de recherche multidisciplinaire. Démographie, sociologie, psychologie behavioriste… sont autant de champs disciplinaires à même de nous fournir plus d’éclairages sur les racines du phénomène de la « ruralisation des espaces urbains »  et ses ramifications visibles et invisibles.

 

En ce qui concerne le cas Safi, certains avancent que la ruralisation de la cité avait été encouragée par un exode béni cherchant à noyer par sa masse très malléable et foncièrement patriarcale une population safiote réputée rétive et assez mutine. Pour preuve, la ville a été un des berceaux du syndicalisme ouvrier marocain contestataire.

D’autres croient dur comme fer que, surtout durant et après la crise des années 80 (sécheresses, hausse des prix du pétrole, facture de la guerre pour sauvegarder notre intégrité territoriale et certainement beaucoup de gabegie…), le Makhzen n’avait aucune visibilité. Aussi,  l’urbanisme de la ville par exemple s’est fait n’importe comment en allant vers le sud et en grignotant la zone tampon qui aurait dû rester verte entre les usines



chimiques  et les faubourgs  résidentiels de Zaouia.

 

Un autre son de cloche attribue l’actuelle situation à la « qualité » de nos édiles depuis la mise en application de la Charte communale de 1976.

 

La démagogie de bas étage et le populisme creux ont donné libre cours à des structures élues viciées où certes quelques  Hommes de bonne volonté devraient patauger dans une mare où les  vilains canards boiteux  sont devenus la norme.

 

Ainsi, pour faire partie du peuple élu  des communes, le formalisme démocratique selon les standards universellement connus est respecté. Mais on use de subterfuges, ma foi fort ingénieux, pour vider les opérations votatives de leur essence. Chaque groupe d’intérêt  se constitue son petit bas de laine de votants semblables aux «Ames mortes » de l’écrivain russe Gogol.

 

Et parmi ses stratagèmes, le tribalisme revient au galop. On se regroupe et on commence à construire dans une clandestinité criarde un douar à l’orée de la ville, Si Al Morachah (l’élu) redevenu chef de tribu montant son tacot estampillé du J rouge communal protège et monnaye cet urbanisme. Une étude de M. Abdallah SAAF avait décortiqué ces liens ambigus que tissent  l’Autorité et les premiers habitants clandestins : ils sont tolérés et prêts à l’emploi.

 

Quelques centaines d’habitations en plus, l’eau et l’électricité sont branchées, l’Education nationale ouvre des classes, un centre de soins ; en somme des équipements sommaires qui créent un semblant de légitimité inquiète.

 

Après ces balbutiements, les logiques et le modus operandi des campagnes renaît, se renforce et s’érige en canons à respecter. A titre d’exemple, chacun bariolera sa façade comme il l’entend, car l’idée d’une unité esthétique de la ville n’existe pas ( A Safi cela devrait être toujours le blanc pour les murs et le brun pour les fenêtres selon les édits communaux … non en vigueur). Le respect de l’espace public commun est une notion étrangère. Ceci expliquerait pourquoi les maisons sont souvent propres à l’intérieur et les mêmes habitants  trouvent normal de balancer leurs poubelles   dans le premier terrain vague d’à côté… et parfois à 1 mètre d’un conteneur d’ordures.

 

C’est aussi cet habitant qui est toujours fier d’exhiber une soi-disant réussite  sociale par le mépris de la loi : j’ajoute un étage non réglementaire parce que je peux payer le bakchich ! J’intègre un terrain délaissé à ma maison et je le clôture parce que je peux le faire ! Etc. 

 

En fin de compte, la situation  est la suivante : veut-on une ville urbaine ?

(excusez le pléonasme) d’ailleurs, Safi a été décrété Municipalité depuis 1917.  Pourquoi alors permettre un agrégat de quartiers-douars ?

 

 

                                                               Saïd LAQABI

 

  Photo: safi